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lundi 20 octobre 2014

Willelm Claezoon Heda et Van der Weyden : l'imprimatura

Des choix encore des choix. Après celui de conserver ou non l'intégralité de la composition d'origine, vient celui de la couche de fond, celle qui donne sa "vibration", le "climat", l'ambiance générale au tableau par un subtil jeu de transparences.

Cette couche maigre ou imprimatura devait exister sur ces deux tableaux. Cependant, il n'est pas possible de voir la "stratigraphie" (je reprends ici un terme d'archéologie) du tableau, c'est à dire la succession de toutes les différentes superpositions de couches de peinture à  l'oeil nu. On peut ressentir, deviner et parfois en distinguer certaines de ces couches seulement. Cela fait, à mon sens partie de l'apprentissage de la "lecture" du tableau et utile à sa compréhension.

Voici la définition d'imprimatura : http://fr.wikipedia.org/wiki/Imprimeure

Selon les époques elle était verte, ocre, puis grise, c'est à dire d'un ton plus neutre.

Pour l'oeuvre d'Heda, l'ambiance chaude du tableau me semble nécessiter un ton ocre. Le peintre nous a laissé un petit indice...Voyez plutôt :


Je le répète, il s'agit là de ma lecture personnelle. Je ne peux pas affirmer que cette sous couche ocre que l'on voit ici soit effectivement l'imprimatura. Notez qu'elle paraît bien plus sombre, par effet d'optique, sur du blanc que dans le tableau. 

Il se peut aussi que ce soit une couche de peinture encore au-dessus de cette dernière. Pour en juger, pouvoir observer de plus près le tableau pour en examiner toutes les zones en détails seraient un plus. Mais je suis trop loin du musée d'Ixelles pour cela.

J'ai donc reporté mon dessin sur une couche ocre mais un peu plus lumineuse et orangée :



L'ambiance du tableau de Van der Weyden est plus froide. Ce qui permet de faire ressortir d'avantage les deux fruits. 

Une grenade à gauche, symbole de l'immortalité et... j'ai pensé au départ que c'était un oignon... mais il s'agit plus probablement d'une orange, comme me l'a fait remarquer Réjane. En effet, l'orange est un symbole nuptial (les mariées portaient une couronne d'oranger sur la tête), l'un des attributs de Marie, également symbole de fécondité et faisant référence à la nouvelle Eve. Là aussi, ces objets étant en réalité une toute petite partie d'un grand ensemble, les fruits sont juste évoqués et peu travaillés. Si l'on ajoute l'usure du temps sur la peinture, tout cela nous le rend plus difficile à comprendre. D'autant plus qu'à cette époque tous ces aspects symboliques étaient clairs et connus de tous, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la symbolique dans les vanités, la nature morte (art profane) et l'art sacré... : je vous propose de lire ce document 
ou encore d'aller visiter cette page.

Je me demande ce qu'auraient représenté ces peintres dans leurs natures mortes aujourd'hui comme thème de la vanité ? Enfin j'ai ma petite idée...


J'ai extrait un petit échantillon d'une zone du tableau indiquée par la flèche. Comme pour le tableau précédent. Ici il ne peut s'agir de l'imprimatura mais en isolant ce petit morceau du fond du tableau on voit bien que la tonalité est plutôt dans les verts une fois isolée sur du blanc.

J'ai donc pris le parti de faire une couche d'impression verte mais en faisant attention à l'atténuer quelque peu, puis d'y reporter mon dessin :



Je sais qu'il peut paraître pourtant encore assez vif. Mais les couches suivantes vont encore l'atténuer et plus il y en aura plus cela devrait être le cas. Il faut donc tenir compte de cet aspect à mon avis. Nous verrons bien si ce choix a été judicieux, ou du moins ce qu'il a produit une fois l’œuvre terminée.